« Nous avons un plan RPS mais rien ne change » 1

Suivi du plan d'action RPS

De nombreuses entreprises sont sensibilisées à la prévention des risques psychosociaux (RPS) voire ont engagé une démarche de prévention. Pourtant, sur le terrain, les salariés voient peu les avancées. Qu’est-ce qui a changé dans leur quotidien de travail ? Sont-ils réellement davantage protégés des risques psychosociaux ? L’entreprise a-t-elle vraiment changé ses pratiques ?

 

Les RPS enfin pris en compte dans l’entreprise ?

Peu à peu, les entreprises s’engagent dans la voie des RPS. Poussées par la législation et la responsabilité qui pèse sur l’employeur (les risques doivent être évalués et donner lieu à des mesures de prévention), ou réellement convaincues de l’enjeu que représente la prévention, elles se saisissent du sujet.

Non sans réticence, il est vrai. « Les employeurs craignent d’ouvrir le dossier des RPS. Ils ont souvent peur que remontent des insatisfactions qui les mettent en cause, alors qu’eux-mêmes essaient d’insuffler dans leurs équipes des messages positifs se voulant motivants », explique Thierry Fourquet, fondateur du cabinet de prévention des risques psychosociaux Nouvelle Heure. « Si les DRH comprennent le plus souvent les enjeux des RPS, ajoute-t-il, les dirigeants ont quant à eux tendance à s’engager à reculons, pour que leur responsabilité ne soit pas pointée du doigt en cas de problème ou parce que leur CHSCT réclame fermement des actions dans ce domaine ».

 

La tentation de se contenter d’une sensibilisation aux RPS

Force est de constater que certains employeurs n’ont pas pris toute la mesure des enjeux de la prévention des RPS et se contentent de mener des actions de sensibilisation, auprès de leurs managers voire de l’ensemble des personnels.

Sous forme de formations, d’ateliers ou de conférences, ces sensibilisations ne sont pas inutiles. Elles participent à promouvoir l’intérêt de veiller à la santé des salariés et véhiculent le fait que personne n’est à l’abri des RPS.

Pourtant, selon Thierry Fourquet du cabinet Nouvelle Heure, ces sensibilisations sont loin d’être suffisantes. « Il est illusoire de croire que de simples actions de sensibilisation vont supprimer ou réduire des facteurs de risques psychosociaux. Face aux enjeux, les entreprises doivent être plus ambitieuses. C’est d’ailleurs le sens du code du travail : les risques doivent être évalués et des actions mises en oeuvre ».

Un employeur ne pourrait donc pas affirmer que les RPS sont traités dans son entreprise en s’appuyant sur des seules actions de sensibilisation. Cependant, comme le souligne Thierry Fourquet, « ces actions de sensibilisation ne sont pas inutiles. Pour l’employeur, c’est parfois un premier pas vers une prise de conscience et une démarche plus ambitieuse. L’intervenant extérieur qui intervient sur les RPS commence ainsi à planter des petites graines qui finiront par germer ».

Mais il est évident, aux yeux de tous, que les actions de sensibilisation ne suffisent pas au regard des enjeux mais également de la législation (articles L4121-1 et suivants du code du travail).

 

Un grand pas : s’engager dans une démarche RPS

Certaines entreprises font le grand saut et s’engagent, quelles que soient leurs motivations profondes, dans une démarche d’évaluation des risques et de mise en place d’actions de prévention.

Cette étape est évidemment essentielle. Souvent accompagnées par un intervenant extérieur, les entreprises évaluent les risques psychosociaux puis définissent un plan d’actions de prévention, qui se veulent concrètent et non limitées à de la sensibilisation. Organisation du travail, modes de management et de communication, formes de reconnaissance, formations, création d’espaces d’expression… : les actions concrètes peuvent être variées selon les risques relevés.

 

« Notre plan d’action RPS s’effiloche »

Les salariés, et particulièrement leurs représentants au CHSCT, sont plein d’espoir lorsqu’un plan d’action de prévention des RPS est adopté dans leur entreprise. Ils voient souvent une forme de reconnaissance dans le fait que les risques psychosociaux aient été évalués et donnent lieu à des actions correctives.

Pourtant, après quelques mois, il n’est pas rare que salariés et CHSCT déchantent.

« Nous avons beaucoup travaillé et nous sommes beaucoup investis pour que notre démarche RPS réussisse », nous explique Sophie, secrétaire du CHSCT d’une marque de prêt-à-porter. « Le plan d’actions nous convenait, nous semblait à la fois réaliste et ambitieux. Mais aujourd’hui, nous voyons bien qu’il s’effiloche et que les choses traînent… »

Les différents acteurs de la démarche RPS mettent effectivement le plus souvent beaucoup d’énergie au service de la réussite. Mais lorsque le plan d’actions est validé, le travail est loin d’être terminé.

« Les entreprises négligent souvent le suivi de leur plan d’action« , selon Thierry Fourquet du cabinet de prévention des risques psychosociaux Nouvelle Heure. « Les Directions sont souvent occupées à de nouveaux projets qui viennent retarder voire chambouler la mise en oeuvre du plan d’actions RPS dans les délais prévus ».

Les représentants du personnel, et plus particulièrement le CHSCT, doivent donc rester vigilants quant aux avancées du plan d’actions RPS. Le suivi est primordial pour que des résultats positifs soient constatés sur le terrain.

Il est important de faire régulièrement le point sur les actions engagées et sur leurs résultats afin d’être certains d’avancer dans la bonne direction mais aussi pour éventuellement adapter le plan d’actions en cas de fait nouveau dans l’entreprise. En effet, la situation de l’entreprise peut vite varier : une entreprise est en constant mouvement. Il est donc normal qu’un plan d’actions RPS soit adapté au fil du temps.

 

La nécessité de réévaluer les risques

La vie des entreprises n’étant pas un long fleuve tranquille, il est primordial de réévaluer les risques psychosociaux de manière régulière. Les ressentis des salariés auront forcément évolué trois ans après la première évaluation : les actions de prévention mises en place auront porté leurs fruits, mais également la situation de l’entreprise aura elle-même évolué.

Thierry Fourquet, du cabinet Nouvelle Heure, explique que « le travail sur les RPS est un travail sans fin. Il ne s’agit pas en disant cela de décourager les directions d’entreprises et les représentants du personnel mais de leur faire comprendre que la prévention des risques psychosociaux doit être prise en compte au quotidien afin d’imprégner peu à peu la culture d’entreprise« .

L’objectif est effectivement qu’au final tous les projets d’entreprise comportent un volet RPS et que les risques psychosociaux soient vus par les uns et les autres comme tous les risques professionnels : la vigilance ne doit jamais être relâchée.

Le Petit Néo

Cet article a été rédigé en collaboration avec le cabinet de prévention des risques psychosociaux Nouvelle Heure.

 

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Commentaire sur “« Nous avons un plan RPS mais rien ne change »

  • Samir

    Je suis secrétaire d’un CHSCT et me reconnaît dans le témoignage : nous nous sommes beaucoup investi sur les RPS mais avons l’impression de nous être fait avoir. Un an après, rien n’a changé, la Direction continue comme si de rien n’était.